GUY JIMENES



Notes et propositions pour l'écriture collective
d'un texte de fiction par des enfants ou des adolescents
dans le cadre d'une classe avec l'aide d'un écrivain


illustration d'Emmanuel Cerisier
pour Vive les punitions !

Les textes issus d'ateliers sont par nature inégaux et divers. L'intérêt réside davantage dans la démarche que dans le résultat : il s'agit de confronter les enfants à l'écriture d'une fiction, afin d'en éprouver les plaisirs plus que les difficultés.

Le rôle de l'enseignant est essentiel. Il est le garant du projet et de sa bonne réalisation. Son implication est indispensable du fait de sa connaissance des élèves et des objectifs pédagogiques qu'il s'est fixés.

D'abord quelques principes :

Mon rôle est complémentaire de celui de l'enseignant. J'interviens plus particulièrement sur la structure et la cohésion du texte, amène à chaque étape les enfants à s'interroger sur les conséquences de leurs choix. J'aide à trouver des solutions, fournis des propositions de rédaction et de récriture. C'est avant tout un rôle d'accompagnement : j'encourage, je rassure...


1. Implication et motivation :

Le degré de réussite dépend du degré d'implication des élèves, et donc de leur motivation. Celle-ci aura été stimulée en amont par des lectures, le cas échéant par des visites d'expositions, des discussions autour du thème, etc.

Un échange préalable à toute entreprise d'écriture est vivement recommandé. Une relation de confiance s'instaure facilement avec l'écrivain dès lors que les élèves ont lu ses livres dont il peut parler avec passion. Il est naturellement reconnu dans sa capacité à structurer et à rédiger un récit.

La perspective d'une histoire aboutie, illustrée et mise en page (et donc lisible par les élèves des autres classes, les parents...), est un puissant moteur. Il faut cependant être clair et ne pas leurrer les enfants : je leur explique toujours qu'ils ne vont pas écrire un "vrai livre" inscrit dans le champ de l'édition, mais un texte d'assez bonne tenue pour être lisible par des tiers ; et ceux-ci le liront avec d'autant plus de plaisir que les auteurs eux-mêmes en auront pris à l'écrire.

À toutes les étapes du travail, la valorisation des idées et des écrits renforce la motivation.


classe de Sixième 3
Collège Jean Rostand d'Orléans (2003)

2. Préparer l'écriture :

Une chose est d'inventer une histoire, une autre (plus difficile) de mettre en œuvre les moyens de la raconter.

Après avoir établi le temps que la classe ou le groupe consacrera à ce projet (il est bon qu'au moins une séance ait lieu, en dehors de celles avec l'écrivain), il conviendra de préparer l'écriture en prenant le temps de la réflexion et de la discussion afin de :

- choisir le genre de fiction que l'on souhaite écrire (réaliste, fantastique, policier, de SF, etc) et sa forme (conte, récit, dialogue de théâtre, etc).

- déterminer une situation de départ avec un héros ou une héroïne (le plus souvent, mais cela n'a rien d'obligatoire). D'autres personnages naîtront et leurs liens tisseront une histoire. Veiller à ne pas multiplier les personnages ni les péripéties.

- décider de la fin de l'histoire, quitte à la modifier plus tard.

Une fois connus le genre, les personnages et l'intrigue, la question peut enfin se poser : comment structurer cette histoire. La réflexion se porte alors sur un découpage, à la façon d'une composition de musique, envisageant le mouvement général, pour aboutir à un plan par séquences (chapitres), chaque séquence pouvant elle aussi faire l'objet d'un découpage. C'est le moment où l'on aborde les questions du point de vue du (ou des) narrateur(s) et du (ou des) temps de la narration.

À ce stade, on n'a pas encore écrit à proprement parler, mais on a réuni une matière. On a pu au passage engranger des mots, des expressions, des bribes de dialogues, à la manière de pense-bêtes qu'on pourra utiliser. C'est une phase décisive, qu'il convient de ne pas négliger. Une fois ce travail de préparation effectué collectivement, en grande partie dans l'oral, l'écriture peut commencer.


3. L'écriture proprement dite :

Écriture individuelle ou collective ? Il s'agit de mettre en œuvre les deux, étant entendu que les textes produits individuellement serviront le groupe, puisqu'il s'agit d'aboutir à un texte unique.

Des groupes de 3 ou 4 élèves peuvent prendre en charge les séquences d'un chapitre. Au sein de ces groupes, l'écriture bien que concertée reste individuelle.

Les séances se déroulent en quatre temps : la première où l'on discute de ce que l'on va écrire, la deuxième où l'on écrit avec le soutien des adultes si on le souhaite ; le troisième temps, après la pause, est celui où chacun lit aux autres ce qu'il a écrit pour le confronter au projet collectif, pour faire jaillir aussi de nouvelles idées et de nouveaux mots qui vont réorienter le projet en l'amélorant. On peut aussi faire jouer des scènes aux élèves, pour "tester" la justesse et la précision d'un dialogue, par exemple.

Ces temps de mise en commun sont donc déterminants, qui permettent à une histoire unique de naître et de se développer. Elles peuvent être délicates à mettre en œuvre car elles demandent parfois aux enfants un renoncement à des idées personnelles ou à des textes déjà produits. Aussi la règle du jeu aura-t-elle été clairement établie. Ce qui n'empêche pas, bien au contraire, tel ou tel élève d'écrire "pour lui" en plus du texte collectif. Mais ces mises en commun sont le plus souvent des moments tout à fait positifs où chacun investit, réinvestit dans le projet commun, y (re) trouve une place. De nouvelles idées jaillissent au cours de ces séances qui entretiennent une matière vivante, mouvante, garante du plaisir de l'invention et de l'écriture.

Enseignant et écrivain éviteront le plus possible d'écrire à la place des enfants. La méthode de la dictée à l'adulte, où les élèves expriment, avec plus ou moins de maladresse, un propos que l'on retranscrit en le corrigeant voire en le reformulant, peut se pratiquer à condition de ne pas perdre de vue que l'objectif est de confronter les enfants à l'écriture. Le texte doit bien être au final celui des enfants.


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